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Pourquoi ne faut-il pas rallumer les villes la nuit.

  • Photo du rédacteur: Atelier H.Audibert
    Atelier H.Audibert
  • 9 avr.
  • 4 min de lecture

Ville illuminée et eteinte à la tombée de la nuit


Ces dernières années, 62% des 19 262 communes étudiées par le Cerema, (Centre d'étude et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement) avaient misé sur l'extinction nocturne surtout depuis la hausse des prix de l'énergie relatifs à la guerre en Ukraine. Au lendemain du deuxième tour des élections municipales, pourtant, de nombreux maires avaient promis de rallumer les centres-villes à la tombée de la nuit pour garantir la sécurité de leurs concitoyens et ils s’y sont rapidement atteler. Ca a notamment été le cas de Clermont-Ferrand, Bordeaux, Talence, Angoulême ou encore Sarreguemines. L'argument mis en avant par les élus est celui du sentiment d'insécurité généré par la pénombre.A l’atelier H. Audibert comme dans l’ensemble du monde de la conception lumière et de la préservation de la nuit, de la faune et de la flore nous savons qu’il s’agit ici d’une réelle erreur. En quelques mots, nous avons souhaité expliquer pourquoi.


Tout d’abord il s’agit de reconsidérer la place de la pénombre face à la lumière diurne. Pour

l’atelier H. Audibert, la lumière utilisée à la tombée de la nuit doit être utilisée avec

parcimonie. Dans l’approche de notre travail, elle doit donner à voir pour élargir la

perception des espaces. En aucun cas, il n’est question de faire « plein phare » sur une place ou un axe. L’atelier H. Audibert, depuis des décennies, propose une conception de

l’expérience nocturne. Ensuite, l’humain fait partie d’un tout et en 2026, il est essentiel de

prendre en compte la sobriété énergétique mais aussi la faune et la flore.


Une Lumière adaptée contre le sentiment d’insécurité


Le travail de mise en lumière de l’atelier H. Audibert provient pour beaucoup du bagage

théâtral d’Hervé Audibert, son fondateur. Il s’agit donc d’éclairer l’action et le contenu mais

non le contenant. En d’autres termes accompagner la déambulation nocturne mais pas

l’ensemble d’une place ou d’un axe. L’une des meilleures illustrations de ce travail de mise en lumière parcimonieux concerne le centre-ville du Havre. Projet d’envergure réalisé il y a une dizaine d’années et qui a permis de poser certains concepts qui nous sont chers.

Comme dans beaucoup de projets, l’atelier a conçu des lumières sur mesure. Ici les mâts

Mingus qui jalonnent et structurent l’espace sans l’inonder de lumière. Cette mise en

lumière ciblée permet de voir et d’être vu sans être ébloui. Les études scientifiques comme

celle du Cerema, (Centre d'étude et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'amenagement) démontrent que le sentiment de sécurité découle de la capacité de voir

son environnement et les personnes aux alentours mais que l’intensité lumineuse au sol n’y

change rien. Au contraire, la lumière trop forte peut créer des contrastes violents et un éblouissement.


Enfin, une étude empirique de l'INRAE,University Paris-Saclay, AgroParisTech, Paris-Saclay Applied Economics, publiée en décembre 2025, dans la revue SSRN indique qu'éteindre la lumière la nuit n'a aucun effet prouvé sur la délinquance.

Eclairer pour le Vivant


L'atelier H. Audibert intègre la préservation des écosystèmes et de la nuit comme priorité. Leprojet de mise en lumière du Vieux port de Bastia et de son front de mer illustre ce parti pris. Sur le littoral, la lumière a été disséminée pour garantir le confort et la sécurité des usagers, mais également pour ne pas nuire au développement de la faune et de la flore et respecter les cycles circadiens. L’utilisation de mats de petites tailles sur lesquels étaient installés des sources lumineuses discrètes et orientées a donc été privilégiée. Par ailleurs, les températures de couleur ont également été réfléchie pour le bien être des usagers comme de la biodiversité. Tous les appareils sont entre 2700 et 3000° kelvins Ces choix ont permis le respect de zones d’ombres nécessaires à la respiration nocturne et d’une trame noire notamment dans les espaces végétalisés.


Vieux port de Bastia

Ce parti pris lumière est une nécessité comme le rappellent bon nombre d’études

scientifiques dont celle du CNRS. Dans une récente publication ces chercheurs rappelaient

en effet qu’un lampadaire constituait un piège mortel pour environ 150 insectes, chaque

nuit. Concernant les méfaits de la lumière blanche sur l’humain, l’Inserm indique que la

lumière bleue (produite par la led en voirie) empêche la sécrétion de mélatonine,

indispensable à l’endormissement


Faire de la sobriété énergique une plus-value


L'Atelier H.Audibert met en avant une lumière "vertueuse" qui peut également représenter de vraies économies pour les maires. Dans cette dynamique pour tous les projets, nous prescrivons des appareils disposant d’une longue durée de vie installés selon un plan lumière réfléchi et conçu par nos soins en accord avec la maitrise d’ouvrage et la maitrise d’œuvre.


Selon un récent rapport de l’ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) l’éclairage public représente 41% de la facture électrique des communes nous souhaitons donc non pas l’éteindre complètement mais faire en sorte que la nuit devienne habitée grâce notamment à notre conception d’expérience nocturne. L’atelier préconise des scenarios lumineux pour conférer des émotions aux bâtiments. C’est le cas dans le projet de réhabilitation du Bâtiment V de l’Unesco. Dans ce projet, la mise en lumière se déploie comme un vocabulaire lumineux. Le point lumineux se répète et ponctue les plafonds dans les bureaux, référence aux percements ronds des panneaux de Jean Prouvé. Pour ce bâtiment, la led a été utilisée afin de garantir une mise en lumière peu couteuse en énergie et durable, en étant attentifs à la qualité de lumière émise.


Conclusion


Depuis quelques semaines, on entend la nécessité de rallumer. Un terme quelque peu

désuet par les temps qui courent. Par ailleurs, il s’agit d’un déni des enjeux habituels aussi

bien énergétique que de biodiversité. Comme le montrent les différents projets de l'Atelier

H. Audibert, la ville nocturne de demain est celle qui accueille la pénombre pour construire

un autre récit, celui d’une expérience nocturne à part entière. Où sobriété et respect du

vivant ne s’opposent pas au confort ou la sécurité des usagers à la tombée de la nuit.

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