Penser la lumière, c’est aussi penser l’ombre
- Atelier H.Audibert

- 13 nov. 2025
- 4 min de lecture

À l’Atelier H. Audibert, nos années d’expérience nous ont permis de percevoir et concevoir la lumière à travers l’ombre. Penser la lumière, c’est penser ses silences et ses absences. Cette réflexion guide notre approche sensible de la lumière depuis toujours. Nous mettons un point d’honneur à respecter la nuit, à façonner des scénarios lumineux qui dialoguent en permanence avec l’obscurité. Pour cela, il convient de nommer l’ombre, l’obscurité.
Comment qualifier l'ombre ?
Le concepteur lumière, Roger Narboni a longuement théorisé sur la trame noire, cette bande d’ombre dont nous parlons dans un post, qui permet une respiration dans une zone urbaine éclairée et crée un refuge pour la faune et la flore. Cette notion, nous l’utilisons dans nos projets de mise en lumière en urbanisme.
Nous l’avons notamment exploré dans le projet de la mise en lumière du front de mer à Marseille, en particulier sur le J4, esplanade se terminant par le MUCEM. La municipalité souhaitait une uniformité lumineuse sur l’ensemble de la surface pour éviter les zones d’ombre pouvant inquiéter les promeneurs. Nous leur avons fait comprendre qu’un immense espace visuel avait une vie nocturne beaucoup plus riche si des zones d’ombres, interrompues par de puissants faisceaux lumineux, venaient ponctuer l’espace, en créant une profondeur de champs. Le promeneur y rencontre une succession d’événements lumineux qui habitaient l’espace de proche en proche. Depuis la mise en lumière du J1 par nos soins, ces interruptions toutes relatives de luminosité font la joie des enfants qui se dissimulent dans l’ombre sans que les parents ne les perdent de vue.
Sur le parvis du Tribunal de Bobigny, en collaboration avec les paysagistes et dans le respect des normes de sécurité, nous avons décidé de maintenir une trame noire pour apporter une pause dans le dialogue lumineux. Dans un autre projet, en intérieur cette fois, pour le parcours scénographié de la Géode dans le parc de la Villette à Paris, nous avions proposé que l'escalator se transforme en zone de passage d’ombre à la lumière pour conduire le spectateur de l’entrée à la salle de projection et lui offrir une expérience narrative.
Mais avant d’en arriver à ces mises en pratique, l’atelier H.Audibert travaille en étroite collaboration avec tous les acteurs des projets pour élaborer la meilleure mise en lumière possible. Il faut observer et comprendre le projet, concevoir des esquisses, échafauder des scénarios d’allumage et réaliser des tests avec différents logiciels puis avec des appareils pour faire des essais en situation.

Concernant la Géode, la mise en lumière avait été pensée de sorte à ce que le regard des visiteurs soit attiré vers la partie inférieure de la sphère. Un effet produit par un éclairage contrastant entre les murs et l’ombre dessinée à l’extrémité de la sphère. Cette mise en ombres et lumières accentue la perception d’épaisseur de la sphère.
La montée du visiteur dans la sphère, une traversée de l’écran, prenait forme au cœur des tunnels des escalators. En les empruntant, les spectateurs passaient progressivement de l’ombre à la lumière.
Dans d’autres projets en urbanisme, la mise en lumière conçue par l’atelier H. Audibert alterne zone éclairée et zone d’ombre pour assurer le confort et la sécurité des usagers, apporter un peu de poésie, donner à voir mais aussi préserver l’atmosphère nocturne, les cycles circadiens de la faune et de la flore. C’est notamment le cas de la mise en lumière du Vieux port de Bastia ou encore du parvis de la gare de Goussainville où la mise en lumière est respectueuse de la faune de la flore tout en garantissant le respect des normes en vigueur.
En muséographie, les mises en lumière de l’atelier H. Audibert guident la déambulation des visiteurs en faisant vivre les œuvres comme des lanternes dans une pénombre jalonnée d’éclats lumineux. La lumière joue avec son ombre pour mettre en valeur les œuvres exposées tout en respectant les normes de préservation, façonner les contrastes et créer des ambiances immersives pour que les visiteurs pénètrent totalement dans les musées ou expositions concernées. C’est notamment le cas du musée zoologique de Strasbourg récemment réhabilité et rénové en collaboration avec Freaks architecture et Ducks sceno.
Dans la conception lumière, l’atelier H.Audibert, comme les autres concepteurs lumières, sont soumis à des contraintes techniques, qu’il s’agisse des angles d’attaque, du positionnement de l’appareil, de sa température de couleur, des optiques, des occultations ou encore de la programmation temporelle de la mise en lumière.
Ces conceptions sont naturellement soumises aux contraintes réglementaires et environnementales, avec une vigilance particulière à la pollution lumineuse, au respect de la nuit ou encore de permettre les économies d’énergie.
A chaque étape de la conception, l’ombre demeure une exigence éthique.
L’ombre est un lieu d’émotion nécessaire. Elle peut représenter un espace de retrait ou de contemplation dans les lieux clos comme les musées.
A l'extérieur, le regard du promeneur est attiré par la lumière et plus l'itinéraire est jalonné de tache sombre ou d’événements lumineux dans une composition particulière, plus l’usager regarde au loin.
En résumé, penser la lumière c’est prendre l’ombre comme une matière qui participe à la narration de la mise en lumière, à la rêverie tout en répondant à des contraintes éthiques et techniques.
Pour rappel, comme le disait Samuel Challéat dans Sauver la nuit,” Aujourd’hui allumer un lampadaire revient à éteindre une étoile”. Il est donc nécessaire d’utiliser la lumière uniquement où elle est nécessaire, avec délicatesse et parcimonie.




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